Les poissons se raréfient dans le Delta du Saloum. Ici, la pêche, en plus d’un manque d’organisation de la filière, fait face à une surexploitation des ressources halieutiques. Chez les pêcheurs locaux, l’inquiétude semble être le sentiment le plus partagé.
La pêche, l’une des principales activités des populations du Delta du Saloum, se meurt. A Toubacouta et dans les îles de Bettenty, Sipo et Félir, naguère réputées pour leurs eaux poissonneuses, l’inquiétude semble être le sentiment le plus partagé chez les pêcheurs. Tous ont constaté une raréfaction des ressources halieutiques. Depuis des années, les prises dans la zone n’ont cessé de connaître une chute libre. « Mon frère vient de passer deux jours en mer, et il n’a même pas eu deux caisses remplies de poissons », confirme, inquiet, El Hadj Diouf, un pêcheur de Bettenty qui nous sert de guide dans l’île. Il dénonce une surexploitation de la ressource. « Jadis, les eaux de l’île de Bettenty étaient très poissonneuses. Vers les années 1980-86, on pouvait, grâce à la pêche, gagner facilement 30.000 FCfa par jour. Aujourd’hui, la pêche ne marche plus et les pêcheurs peinent, de plus en plus, à joindre les deux bouts. Beaucoup d’espèces ont même disparu du fait de leur exploitation abusive », constate, avec amertume, le chef du village de Bettenty, Tidiane Diouf. Le septuagénaire pointe du doigt « l’exploitation irrationnelle des ressources » qui n’est que la suite logique du « manque d’organisation de la filière ». « A l’époque, on fermait la mer durant des mois. Pendant plusieurs jours, il était formellement interdit aux gens d’aller pêcher. Ce qui permettait le repos et la reproduction rapide des espèces », se rappelle-t-il, un brin nostalgique. Le vieux pêcheur déplore également l’utilisation de « certaines techniques de pêche » qui constituent, selon lui, un vrai danger pour la survie des espèces. A Bettenty, la situation de la filière est telle que certains ont préféré choisir une autre activité de subsistance. C’est le cas du jeune Ablaye Diouf avec qui nous avons effectué la traversée en pirogue Missira-Bettenty, ce mercredi matin. « La pêche ne rapporte plus. Les poissons se raréfient. Je pêchais comme tous les jeunes du village de Bettenty, mais aujourd’hui, je me suis reconverti dans le commerce. Je tiens boutique à Joal-Fadiouth, et vraiment tout se passe bien », explique-t-il, un sac de vêtements à la main.
L’émigration clandestine comme seule alternative
D’autres jeunes se sont, quant à eux, jetés dans l’aventure de l’émigration clandestine. « Ils (les jeunes) sont nombreux en Espagne. Certains ont même servi de capitaine dans la traversée vers la méditerranée. Insulaires qu’ils sont, ils ont l’avantage de bien connaître la mer. C’est un atout pour eux », révèle El Hadj Diouf.
Même constat à Toubacouta, village fondé par des pêcheurs. « Les fondateurs de Toubacouta venaient des îles. Ils étaient des pêcheurs et pratiquaient la pêche après leur installation dans la localité. Actuellement, on peut dire que les gens ne pêchent presque plus ici », constate Kéba Diouf, membre du comité de sages du village de Toubacouta.
Notre équipe a, elle-même, appris à ses dépens cette pénurie de poissons à Toubacouta. Ayant commandé pour le déjeuner du « yassa dieune », ce mercredi, nous avons été surpris du menu fretin qui nous a été servi comme poisson. N’ayant pas pu se retenir, le reporter-photographe s’est interrogé, la mort dans l’âme : « Où est le poisson ? » Réponse de la restauratrice : « Ces jours-ci, il n’y a pas eu beaucoup de poissons ». Elle ajoute-maigre consolation- : la prochaine fois, vous me faites une commande ».
D’après le président du Cadre local de concertation sectoriel des artisans, Mamadou Dieng, beaucoup de jeunes qui s’activaient dans la pêche ont rallié l’Europe à la faveur de l’émigration clandestine. Selon lui, la perte de vitesse de la pêche, ajoutée à la crise du tourisme, a jeté beaucoup de jeunes dans les bras de l’océan Atlantique. Mais il n’y a pas que la filière pêche qui paie les frais de ces départs massifs des jeunes en Europe. L’équipe de football local a également été touchée de plein fouet. « Nous avions une bonne équipe de football, mais elle est actuellement décimée. Nos jeunes talents qui s’activaient en même temps dans la pêche et le tourisme sont partis en Espagne pour mieux gagner leur vie », confirme Karamo Sarr, le président de l’Association pour le développement des jeunes de Toubacouta.
D’autres jeunes se sont, quant à eux, jetés dans l’aventure de l’émigration clandestine. « Ils (les jeunes) sont nombreux en Espagne. Certains ont même servi de capitaine dans la traversée vers la méditerranée. Insulaires qu’ils sont, ils ont l’avantage de bien connaître la mer. C’est un atout pour eux », révèle El Hadj Diouf.
Même constat à Toubacouta, village fondé par des pêcheurs. « Les fondateurs de Toubacouta venaient des îles. Ils étaient des pêcheurs et pratiquaient la pêche après leur installation dans la localité. Actuellement, on peut dire que les gens ne pêchent presque plus ici », constate Kéba Diouf, membre du comité de sages du village de Toubacouta.
Notre équipe a, elle-même, appris à ses dépens cette pénurie de poissons à Toubacouta. Ayant commandé pour le déjeuner du « yassa dieune », ce mercredi, nous avons été surpris du menu fretin qui nous a été servi comme poisson. N’ayant pas pu se retenir, le reporter-photographe s’est interrogé, la mort dans l’âme : « Où est le poisson ? » Réponse de la restauratrice : « Ces jours-ci, il n’y a pas eu beaucoup de poissons ». Elle ajoute-maigre consolation- : la prochaine fois, vous me faites une commande ».
D’après le président du Cadre local de concertation sectoriel des artisans, Mamadou Dieng, beaucoup de jeunes qui s’activaient dans la pêche ont rallié l’Europe à la faveur de l’émigration clandestine. Selon lui, la perte de vitesse de la pêche, ajoutée à la crise du tourisme, a jeté beaucoup de jeunes dans les bras de l’océan Atlantique. Mais il n’y a pas que la filière pêche qui paie les frais de ces départs massifs des jeunes en Europe. L’équipe de football local a également été touchée de plein fouet. « Nous avions une bonne équipe de football, mais elle est actuellement décimée. Nos jeunes talents qui s’activaient en même temps dans la pêche et le tourisme sont partis en Espagne pour mieux gagner leur vie », confirme Karamo Sarr, le président de l’Association pour le développement des jeunes de Toubacouta.
A Bettenty, on se redéploye dans la pêche des crevettes
Dans l’île de Félir, située à une vingtaine de minutes de pirogue du port de Foundiougne, la pêche, longtemps activité phare des populations, bat aussi de l’aile. « Il n’y a plus de poisson. J’ai l’impression que les pêcheurs sont devenus plus nombreux que les poissons », ironise un peu Doubou Bop, le représentant du chef du village. Comme beaucoup, cet ancien lutteur indexe la surexploitation dont font l’objet les ressources halieutiques.
S’ils n’ont pas encore quitté la filière, beaucoup de pêcheurs du village de Bettenty ont néanmoins réorienté leurs activités dans la pêche des crevettes. « La pêche n’étant plus ce qu’elle était jadis, les populations ont déployé leurs activités dans la pêche des crevettes. Ça rapporte un peu plus », indique Tidiane Diouf.
Il ajoute que les pêcheurs locaux ont mis en place un code de conduite afin de garantir une gestion rationnelle et durable des crevettes. Il y va de leur survie mais aussi de celle des générations futures. « Depuis 2010, nous avons mis en place une sorte de règlement local de la pêche des crevettes. Désormais, après chaque 10 jours de pêche collective, nous fermons la mer. Après quatre jours de repos, on repart à la pêche », fait remarquer le chef du village.
Il souligne que cette stratégie commence à porter ses fruits avec une nette augmentation à la fois de la taille des espèces et des prises. « Avant de se rendre en mer, nous effectuons d’abord une sonde pour mesurer la taille des espèces mais aussi évaluons l’état des ressources », poursuit le chef du village.
Dans l’île de Félir, située à une vingtaine de minutes de pirogue du port de Foundiougne, la pêche, longtemps activité phare des populations, bat aussi de l’aile. « Il n’y a plus de poisson. J’ai l’impression que les pêcheurs sont devenus plus nombreux que les poissons », ironise un peu Doubou Bop, le représentant du chef du village. Comme beaucoup, cet ancien lutteur indexe la surexploitation dont font l’objet les ressources halieutiques.
S’ils n’ont pas encore quitté la filière, beaucoup de pêcheurs du village de Bettenty ont néanmoins réorienté leurs activités dans la pêche des crevettes. « La pêche n’étant plus ce qu’elle était jadis, les populations ont déployé leurs activités dans la pêche des crevettes. Ça rapporte un peu plus », indique Tidiane Diouf.
Il ajoute que les pêcheurs locaux ont mis en place un code de conduite afin de garantir une gestion rationnelle et durable des crevettes. Il y va de leur survie mais aussi de celle des générations futures. « Depuis 2010, nous avons mis en place une sorte de règlement local de la pêche des crevettes. Désormais, après chaque 10 jours de pêche collective, nous fermons la mer. Après quatre jours de repos, on repart à la pêche », fait remarquer le chef du village.
Il souligne que cette stratégie commence à porter ses fruits avec une nette augmentation à la fois de la taille des espèces et des prises. « Avant de se rendre en mer, nous effectuons d’abord une sonde pour mesurer la taille des espèces mais aussi évaluons l’état des ressources », poursuit le chef du village.
MISSIRA-BETTENTY : L’angoisse de la traversée en mer
La traversée en pirogue depuis le débarcadère de Missira pour rallier l’île de Bettenty n’a pas été de tout repos pour notre équipe. Pendant près d’une heure qu’a duré le trajet en mer, la peur et l’angoisse ont gagné nos p’tits reporters. Le voyage s’est pourtant déroulé en marée basse !
Pour les insulaires, la traversée en mer relève de l’ordinaire. C’est comme un simple exercice de routine. Tous les jours, les populations des îles prennent la pirogue soit pour aller à la pêche, soit rallier un endroit quelconque. La pirogue est pour l’insulaire ce que le véhicule représente pour le citadin de Dakar ou encore ce que la charrette est en zone rurale. C’est un moyen de transport prisé qui rythme la vie et le quotidien dans les îles. La pirogue est une partie intégrante de l’identité de l’insulaire. Dès lors, l’on comprend la sérénité affichée de notre jeune capitaine ce jeudi matin, alors que nous nous apprêtons à embarquer depuis le quai de pêche de Missira, pour nous rendre dans l’île de Bettenty qui se trouve à près d’une heure de pirogue. Sérénité et assurance qui contrastent avec l’inquiétude qui gagne, de plus en plus, notre reporter-photographe angoissé à l’idée de devoir traverser la mer ; chose qu’il n’avait jusque-là jamais faite. N’est-ce pas lui, Habib, qui se vantait, il y a quelques instants, de connaître la piscine comme les cinq doigts de sa main ? Sauf que la mer n’est pas la piscine. Trop dangereuse, s’est-il dit dans sa tête.
Quant au chauffeur, cheikh Oumar, il préfère rester à quai. Et il ne manque pas de trouver une astuce, somme toute risible, pour justifier son choix. « Je dois surveiller la voiture ! » dit-t-il laconique, sans toutefois convaincre beau monde. Acculé, l’homme dira qu’il est un « ndiambour-ndiambour » et qu’à ce titre, il ne connait pas assez la mer ; raison pour laquelle, il n’a voulu prendre aucun risque. Pourtant, à l’entrée du débarcadère de Missira, le drapeau de la météo a bien affiché la couleur blanche qui symbolise une mer calme et inoffensive. « Quand le drapeau est blanc, cela veut dire qu’on est en marée basse. Durant cette période, la mer est sans dangers. Lorsque le jaune s’affiche, elle est un peu agitée. En revanche, on déconseille fortement aux gens de se rendre en mer quand le drapeau présente la couleur rouge », explique Bou Sidibé, un vieux pêcheur de Missira. Mais le sexagénaire a beau parler de risque zéro à se rendre en ce moment à l’île de Bettenty, notre brave bonhomme ne changera pas d’avis. Il ne fera pas partie de l’aventure en haute mer ! Par contre, il promet de passer un coup de fil pour s’enquérir de notre sort. Résignée, notre équipe est donc partie sans lui. Une fois dans la pirogue, l’autre reporter-journaliste ne s’est pas fait prier pour porter son gilet de sauvetage. On ne sait jamais, se dit-il. Aussi s’est-il transformé en prêcheur tout au long du voyage, nous racontant même l’histoire du prophète Yunus. Une facette qu’on ne lui connaissait pas jusque-là. « La Illaha Ilaaanta soubhaanaka innii kounta mina zaalimiina », n’a-t-il cessé de déclamer. « C’est ce que disait Yunus quand le poisson l’a avalé », a-t-il expliqué. Il a nié avoir eu peur de la traversée, mais c’était manifestement le cas.
La traversée en pirogue depuis le débarcadère de Missira pour rallier l’île de Bettenty n’a pas été de tout repos pour notre équipe. Pendant près d’une heure qu’a duré le trajet en mer, la peur et l’angoisse ont gagné nos p’tits reporters. Le voyage s’est pourtant déroulé en marée basse !
Pour les insulaires, la traversée en mer relève de l’ordinaire. C’est comme un simple exercice de routine. Tous les jours, les populations des îles prennent la pirogue soit pour aller à la pêche, soit rallier un endroit quelconque. La pirogue est pour l’insulaire ce que le véhicule représente pour le citadin de Dakar ou encore ce que la charrette est en zone rurale. C’est un moyen de transport prisé qui rythme la vie et le quotidien dans les îles. La pirogue est une partie intégrante de l’identité de l’insulaire. Dès lors, l’on comprend la sérénité affichée de notre jeune capitaine ce jeudi matin, alors que nous nous apprêtons à embarquer depuis le quai de pêche de Missira, pour nous rendre dans l’île de Bettenty qui se trouve à près d’une heure de pirogue. Sérénité et assurance qui contrastent avec l’inquiétude qui gagne, de plus en plus, notre reporter-photographe angoissé à l’idée de devoir traverser la mer ; chose qu’il n’avait jusque-là jamais faite. N’est-ce pas lui, Habib, qui se vantait, il y a quelques instants, de connaître la piscine comme les cinq doigts de sa main ? Sauf que la mer n’est pas la piscine. Trop dangereuse, s’est-il dit dans sa tête.
Quant au chauffeur, cheikh Oumar, il préfère rester à quai. Et il ne manque pas de trouver une astuce, somme toute risible, pour justifier son choix. « Je dois surveiller la voiture ! » dit-t-il laconique, sans toutefois convaincre beau monde. Acculé, l’homme dira qu’il est un « ndiambour-ndiambour » et qu’à ce titre, il ne connait pas assez la mer ; raison pour laquelle, il n’a voulu prendre aucun risque. Pourtant, à l’entrée du débarcadère de Missira, le drapeau de la météo a bien affiché la couleur blanche qui symbolise une mer calme et inoffensive. « Quand le drapeau est blanc, cela veut dire qu’on est en marée basse. Durant cette période, la mer est sans dangers. Lorsque le jaune s’affiche, elle est un peu agitée. En revanche, on déconseille fortement aux gens de se rendre en mer quand le drapeau présente la couleur rouge », explique Bou Sidibé, un vieux pêcheur de Missira. Mais le sexagénaire a beau parler de risque zéro à se rendre en ce moment à l’île de Bettenty, notre brave bonhomme ne changera pas d’avis. Il ne fera pas partie de l’aventure en haute mer ! Par contre, il promet de passer un coup de fil pour s’enquérir de notre sort. Résignée, notre équipe est donc partie sans lui. Une fois dans la pirogue, l’autre reporter-journaliste ne s’est pas fait prier pour porter son gilet de sauvetage. On ne sait jamais, se dit-il. Aussi s’est-il transformé en prêcheur tout au long du voyage, nous racontant même l’histoire du prophète Yunus. Une facette qu’on ne lui connaissait pas jusque-là. « La Illaha Ilaaanta soubhaanaka innii kounta mina zaalimiina », n’a-t-il cessé de déclamer. « C’est ce que disait Yunus quand le poisson l’a avalé », a-t-il expliqué. Il a nié avoir eu peur de la traversée, mais c’était manifestement le cas.
Silence pesant
Après une vingtaine de minutes à pirogue, le silence est pesant. Dans ces eaux un peu profondes, on n’entend plus que le vrombissement du moteur et le bruit des vagues qui semblent grossir au fil des minutes. Les quolibets qui ont jusque-là rythmé le trajet et permis de détendre l’ambiance dans la pirogue laissent la place à une peur perceptible. « La Gambie n’est plus loin d’ici. Ce que vous voyez là-bas, c’est Banjul. De l’autre côté, il y a les îles de Djinack, dont deux se trouvent en Gambie et deux autres au Sénégal », dit soudain le capitaine Ablaye Ndiaye, certainement pour relancer la discussion et mettre fin à l’atmosphère lourde de craintes qui prévaut depuis quelques temps. Par moment, la beauté de la mangrove nous fait évader et plonger dans une rêverie engourdissante. Alors, nous oublions l’angoisse du voyage pour contempler goulûment les merveilles de la nature. « L’île aux coquillages, l’île aux oiseaux et l’Aire marine protégée de Bamboung se trouvent à quelques minutes de pirogue d’ici ». Encore notre piroguier qui s’est définitivement mis dans la peau d’un guide touristique. Au grand bonheur de ses hôtes curieux et avides de découvertes.
Encore une dizaine de minutes à tenir et ce sera la fin de la traversée. Le bout… du tunnel, en attendant le retour à Missira. Une autre paire de manches, sans doute. Chez nos braves p’tits gars, c’est presque un sentiment de soulagement. Le plus difficile a été fait et Bettenty n’est plus qu’à quelques centaines de mètres. De la pirogue où nous nous trouvons, nous pouvons voir les beaux cocotiers de l’île trôner majestueusement en face du rivage. Mais aussi quelques minarets qui se détachent des maisons. Plus loin, on aperçoit Sangomar, la mythique île pleine de mystères et de légendes évoquée notamment par le père Henri Gravrand dans ses écrits sur la cosmogonie sérère. « C’est une île inhabitée. Elle n’est plus qu’un repaire de fauves de toutes sortes », révèle le capitaine Ndiaye qui vient de faire accoster sa pirogue à ce qui sert de quai à l’île de Bettenty. Devant les concessions, des pêcheurs, partis en mer la veille pour pêcher les crevettes, se reposent sous des cases en paille. Comme il l’avait promis avant notre départ du débarcadère de Missira, notre chauffeur a appelé pour s’assurer que nous étions arrivés sains et saufs à Bettenty ! Mais pouvait-il en être autrement après le coup qu’il nous a fait ?
Si le voyage aller a été éprouvant et angoissant, le retour a néanmoins été une véritable promenade touristique. Ayant fini d’apprivoiser la peur et démystifier le trajet en pirogue, nos p’tits reporters ont adoré les merveilles qu’ils ont vues. Sur leur visage, se lisaient la joie d’avoir effectué beaucoup de découvertes touristiques.
Après une vingtaine de minutes à pirogue, le silence est pesant. Dans ces eaux un peu profondes, on n’entend plus que le vrombissement du moteur et le bruit des vagues qui semblent grossir au fil des minutes. Les quolibets qui ont jusque-là rythmé le trajet et permis de détendre l’ambiance dans la pirogue laissent la place à une peur perceptible. « La Gambie n’est plus loin d’ici. Ce que vous voyez là-bas, c’est Banjul. De l’autre côté, il y a les îles de Djinack, dont deux se trouvent en Gambie et deux autres au Sénégal », dit soudain le capitaine Ablaye Ndiaye, certainement pour relancer la discussion et mettre fin à l’atmosphère lourde de craintes qui prévaut depuis quelques temps. Par moment, la beauté de la mangrove nous fait évader et plonger dans une rêverie engourdissante. Alors, nous oublions l’angoisse du voyage pour contempler goulûment les merveilles de la nature. « L’île aux coquillages, l’île aux oiseaux et l’Aire marine protégée de Bamboung se trouvent à quelques minutes de pirogue d’ici ». Encore notre piroguier qui s’est définitivement mis dans la peau d’un guide touristique. Au grand bonheur de ses hôtes curieux et avides de découvertes.
Encore une dizaine de minutes à tenir et ce sera la fin de la traversée. Le bout… du tunnel, en attendant le retour à Missira. Une autre paire de manches, sans doute. Chez nos braves p’tits gars, c’est presque un sentiment de soulagement. Le plus difficile a été fait et Bettenty n’est plus qu’à quelques centaines de mètres. De la pirogue où nous nous trouvons, nous pouvons voir les beaux cocotiers de l’île trôner majestueusement en face du rivage. Mais aussi quelques minarets qui se détachent des maisons. Plus loin, on aperçoit Sangomar, la mythique île pleine de mystères et de légendes évoquée notamment par le père Henri Gravrand dans ses écrits sur la cosmogonie sérère. « C’est une île inhabitée. Elle n’est plus qu’un repaire de fauves de toutes sortes », révèle le capitaine Ndiaye qui vient de faire accoster sa pirogue à ce qui sert de quai à l’île de Bettenty. Devant les concessions, des pêcheurs, partis en mer la veille pour pêcher les crevettes, se reposent sous des cases en paille. Comme il l’avait promis avant notre départ du débarcadère de Missira, notre chauffeur a appelé pour s’assurer que nous étions arrivés sains et saufs à Bettenty ! Mais pouvait-il en être autrement après le coup qu’il nous a fait ?
Si le voyage aller a été éprouvant et angoissant, le retour a néanmoins été une véritable promenade touristique. Ayant fini d’apprivoiser la peur et démystifier le trajet en pirogue, nos p’tits reporters ont adoré les merveilles qu’ils ont vues. Sur leur visage, se lisaient la joie d’avoir effectué beaucoup de découvertes touristiques.
Terroir entre deux eaux, « ni terre, ni mer », le Delta du Saloum est un milieu sublime et intrigant à la fois. Les relations complexes qu’y entretiennent, depuis plus de trois mille ans, l’homme et la nature nous ont légué un paysage en devenir de toute beauté qui a été inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco en juin 2011.
Carrefour depuis l’époque coloniale, Toubacouta est la porte d’entrée du Delta du Saloum, site inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco en juin 2011. « Diorom bou mag », l’île aux coquillages, au cœur du Delta, avec ses îlots peuplés d’amas coquillers, de bolongs et de tumulus (tombeaux) ceinturée de mangrove, une merveille qui a conservé son authenticité depuis des millénaires, fait parti des coins les plus prisés de la zone. Des fouilles archéologiques ont permis de savoir que l’endroit fut habité. Dans l’île, impossible de rater la silhouette des dizaines de baobabs qui ont pris racine sur les amas coquillers et dominent le paysage deltaïque, dont le fameux « gouye guéwel », un baobab-sépulture témoin d’une vieille tradition chez les Sérères, consistant à enterrer les griots dans ces arbres. En hauteur, un super panorama alternant mangrove, tans et zigzag de fleuve s’offre à l’œil médusé. Enchevêtrement complexe de trois fleuves (le Saloum, le Bandiala et le Diombos), le système hydrographique du Delta du Saloum est unique en son genre. Ces fleuves sont entourés de bolongs très denses au calme nonchalant qui sont des chenaux d’eau salée fractionnant les terres du Delta pour créer un dédale de plus de deux-cents îles recouvertes d’une végétation luxuriante de mangroves, agrémentée de baobabs, de fromagers et de nombreuses autres espèces adaptées à l’alternance d’eau salée et d’eau douce, ainsi qu’une trentaine de tumulus. On y trouve également des dunes de sable, de la savane boisée et des îlots sableux. Le relief de la zone est plutôt plat à l’exception des amas coquillers qui dépassent, par endroits, le niveau de la mer de plus de 12 à 15 m.
Un paradis pour les oiseaux
En plus de « Diorom bou mag », le Delta abrite un autre site d’importance : le reposoir des oiseaux. On y recense 366 espèces, dont les fameux pélicans et les flamants roses. Les forêts de palétuviers, les vasières, les bancs de sable et les îlots sableux constituent un ensemble d’écosystèmes qui permet au Delta d’accueillir des populations importantes d’oiseaux d’eau, notamment de nombreux migrateurs du paléarctique. Le Delta du Saloum est ainsi le troisième site d’importance ornithologique de l’Afrique de l’Ouest après le Banc d’Arguin (Mauritanie) et le Djoudj (Saint-Louis du Sénégal). La zone abrite le quart de la population mondiale de sternes royales, une espèce menacée d’extinction. Les forêts claires, particulièrement la forêt de Fathala, qui constituent la partie terrestre du site classé, et les savanes du Delta, accueillent de nombreuses autres espèces d’oiseaux d’intérêt international. Sur plus de 250 espèces répertoriées, 141, parmi lesquelles 118 migrateurs paléarctiques, sont protégées par les Conventions de Bonn et de Berne. En outre, le Delta du Saloum, en raison de sa spécificité bioclimatique, est un modèle de biodiversité en termes de ressources halieutiques. La faune ichtyologique du Saloum est marquée par la présence d’espèces de poissons des mers salées, comme les mérous et les soles, de même que les espèces pélagiques, telles que le thon. 114 espèces de poissons ont été recensées, surtout depuis la création de la zone marine protégée de Bamboung.
En plus de cet écosystème remarquable, la zone possède un patrimoine culturel exceptionnel, résultant de la rencontre entre deux peuples (les Sérères et les Mandings). Le kagnalène et le kankourang sont les symboles les plus visibles de la culture locale. Toubacouta est aussi réputé pour ses artisans. Il n’est pas rare de voir des sculpteurs exercer leur talent dans les rues du village. Selon Mamadou Dieng, président du Cadre de concertation du secteur artisanat de Toubacouta, le village compte jusqu’à 366 artisans (sculpteurs, peintres, bijoutiers, etc.) qui peuvent exposer leurs œuvres au village artisanal situé près des rives du Saloum ou au complexe culturel nouvellement créé.
Pour pérenniser la gestion de ce patrimoine mondial, un centre d’interprétation qui a pour rôle de communiquer, d’informer et de sensibiliser les populations sur la protection du site classé et l’environnement, en ciblant prioritairement les jeunes, a été construit à Toubacouta sur financement de l’Unesco. Dans ce cadre, un programme intitulé « Les classes du patrimoine culturel » a été mis en place ainsi qu’un club touristique pour aider les populations à accueillir les touristes. L’inscription du Delta du Saloum sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco constitue sans doute un grand motif de fierté pour les populations autochtones. Cependant, pour Mahécor Diouf, directeur du Centre d’interprétation et gestionnaire du site, le défi principal est maintenant de développer le tourisme – pour créer des revenus en faveur des populations – tout en préservant l’authenticité et l’intégrité du site. La pression de l’agriculture, la pollution, la surpêche, la surexploitation des coquillages dans certaines zones, le tourisme et les changements climatiques sont les principales menaces.
En plus de « Diorom bou mag », le Delta abrite un autre site d’importance : le reposoir des oiseaux. On y recense 366 espèces, dont les fameux pélicans et les flamants roses. Les forêts de palétuviers, les vasières, les bancs de sable et les îlots sableux constituent un ensemble d’écosystèmes qui permet au Delta d’accueillir des populations importantes d’oiseaux d’eau, notamment de nombreux migrateurs du paléarctique. Le Delta du Saloum est ainsi le troisième site d’importance ornithologique de l’Afrique de l’Ouest après le Banc d’Arguin (Mauritanie) et le Djoudj (Saint-Louis du Sénégal). La zone abrite le quart de la population mondiale de sternes royales, une espèce menacée d’extinction. Les forêts claires, particulièrement la forêt de Fathala, qui constituent la partie terrestre du site classé, et les savanes du Delta, accueillent de nombreuses autres espèces d’oiseaux d’intérêt international. Sur plus de 250 espèces répertoriées, 141, parmi lesquelles 118 migrateurs paléarctiques, sont protégées par les Conventions de Bonn et de Berne. En outre, le Delta du Saloum, en raison de sa spécificité bioclimatique, est un modèle de biodiversité en termes de ressources halieutiques. La faune ichtyologique du Saloum est marquée par la présence d’espèces de poissons des mers salées, comme les mérous et les soles, de même que les espèces pélagiques, telles que le thon. 114 espèces de poissons ont été recensées, surtout depuis la création de la zone marine protégée de Bamboung.
En plus de cet écosystème remarquable, la zone possède un patrimoine culturel exceptionnel, résultant de la rencontre entre deux peuples (les Sérères et les Mandings). Le kagnalène et le kankourang sont les symboles les plus visibles de la culture locale. Toubacouta est aussi réputé pour ses artisans. Il n’est pas rare de voir des sculpteurs exercer leur talent dans les rues du village. Selon Mamadou Dieng, président du Cadre de concertation du secteur artisanat de Toubacouta, le village compte jusqu’à 366 artisans (sculpteurs, peintres, bijoutiers, etc.) qui peuvent exposer leurs œuvres au village artisanal situé près des rives du Saloum ou au complexe culturel nouvellement créé.
Pour pérenniser la gestion de ce patrimoine mondial, un centre d’interprétation qui a pour rôle de communiquer, d’informer et de sensibiliser les populations sur la protection du site classé et l’environnement, en ciblant prioritairement les jeunes, a été construit à Toubacouta sur financement de l’Unesco. Dans ce cadre, un programme intitulé « Les classes du patrimoine culturel » a été mis en place ainsi qu’un club touristique pour aider les populations à accueillir les touristes. L’inscription du Delta du Saloum sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco constitue sans doute un grand motif de fierté pour les populations autochtones. Cependant, pour Mahécor Diouf, directeur du Centre d’interprétation et gestionnaire du site, le défi principal est maintenant de développer le tourisme – pour créer des revenus en faveur des populations – tout en préservant l’authenticité et l’intégrité du site. La pression de l’agriculture, la pollution, la surpêche, la surexploitation des coquillages dans certaines zones, le tourisme et les changements climatiques sont les principales menaces.
De nos envoyés spéciaux Seydou KA, Diégane SARR (textes) et Habib DIOUM (photos)
Source: Le Soleil
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