lundi 12 octobre 2015

Une planète, 195 pays : le casse-tête de la COP21

Nous partageons la même planète, mais dans des pays dont les niveaux économiques et les intérêts sont divergents. Enjeux et état des lieux.

Chacun des 195 pays devra prendre ses responsabilités autour de la table des négociations climatiques (COP21). Mais certains États pèsent lourd, à l'image du duo pollueur que sont la Chine et les États-Unis. D'autres pays, charbonniers ou pétroliers, auraient plutôt intérêt à freiner les avancées (Australie, Canada, pays du Golfe) tandis que la grande majorité des nations attend d'urgence des aides techniques et financières pour s'adapter face aux conséquences du changement climatique (Kiribati, Bangladesh, Éthiopie...). Bienvenue autour de la table des négociations et du casse-tête diplomatique...

Les deux géants pollueurs

La Chine est aujourd'hui - de très loin - le pays qui émet le plus de gaz à effet de serre au monde, représentant plus de 22 % des émissions mondiales. Son ambition est de faire culminer ses émissions nationales en 2030, et si possible avant. Même si le charbon reste toujours la principale ressource énergétique de son économie, le pays a atteint un pic de production et de consommation du charbon en 2014. Les autorités répondent rapidement au défi national de lutte contre la pollution de l'air, grand motif d'insatisfaction de la population chinoise. Aujourd'hui, la Chine est le premier producteur d'énergies renouvelables au monde : première puissance hydroélectrique, plus grand parc éolien au monde, plus grande puissance solaire... C'est aussi le pays qui investit le plus dans les technologies propres. Est-ce que la Chine a déjà basculé vers une trajectoire bas carbone ?

La moitié des émissions mondiales de gaz à effet de serre provient de seulement 4 pays (la Chine, les Etats-Unis, l'Union européenne et l'Inde). L’autre moitié est due aux 191 autres pays.   © CAIT, 2012
Les États-Unis, qui ont été longtemps le premier contributeur mondial en termes de gaz à effet de serre tout en refusant de considérer le problème climatique, sont désormais le deuxième pollueur mondial, derrière la Chine, avec 12 % des émissions mondiales. Le mode de vie américain est toujours l'un des plus incompatibles avec la réalité climatique. L'engagement des États-Unis est de réduire de 26 à 28 % leurs émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2025 (par rapport à 2005), à travers le développement des énergies renouvelables, la mise en place de voitures moins polluantes et de normes plus strictes pour les centrales à charbon du pays. Mais l'économie américaine va s'appuyer encore longtemps sur les énergies fossiles : le pays est devenu en 2014 le premier producteur mondial de pétrole, devant l'Arabie saoudite, après être devenu en 2011 le premier producteur mondial de gaz naturel, devant la Russie. Certains signes ne trompent pas sur la posture persistante des États-Unis vis-à-vis de la question climatique…
Environ un quart des émissions mondiale de CO2 sont transférées entre les pays à travers des importations et exportations de biens et services. Schématiquement, les pays développés (comme les Etats-Unis) importent des émissions, tandis que les pays émergents ont des inventaires nationaux d'émissions gonflés par les émissions des biens manufacturés sur leur territoire, mais destinés à l'exportation (la Chine est en première place de ce classement, exportant 27% de ses émissions territoriales en 2010). © RAC-F, 2013

Le reste du monde

Et les 193 autres pays ? Certains ont plutôt intérêt à ralentir le processus des négociations, à l'image du Canada (8e pays pollueur) ou de la Russie (4e pollueur mondial), dont le réchauffement pourrait être favorable à l'agriculture, ou à travers l'ouverture de nouvelles routes maritimes. Il y a aussi des pays dont les ressources fossiles (pétrole, gaz, charbon) sont aujourd'hui au cœur de leur économie nationale, à l'image de l'Afrique du Sud, de l'Australie ou des pays du Golfe (comme le Qatar où je m'étais rendu lors de la COP18). L'héritage économique de ces pays, qui possèdent encore d'immenses ressources fossiles, sera anéanti d'ici à la fin du siècle, d'où l'intérêt pour eux de grappiller encore quelques années de cette économie polluante du XXe siècle.
Doha au Qatar
La majorité des pays présents lors de la COP21 ont une faible responsabilité, mais une grande vulnérabilité face aux conséquences du changement climatique, à l’image de la famille de Satu que j’ai rencontrée dans le Sud de l’Ethiopie.  © Gaël Derive
Et puis il y a tous les autres pays - la grande majorité ! - dont la contribution au changement climatique est faible, mais disposant d'une grande vulnérabilité face aux conséquences du dérèglement climatique qui impacte - non pas en 2100, mais déjà aujourd'hui - leur agriculture, leur alimentation, leurs ressources en eau potable. C'est le cas des pays où je me suis rendu, au Bangladesh, au Népal, en Éthiopie ou dans l'archipel des Kiribati. Pour eux, la prochaine conférence sur le climat est le moyen de se faire entendre dans un cadre onusien afin d'obtenir rapidement des aides techniques et financières pour s'adapter au changement de climat (à travers le fonds vert).
La course à la décarbonation

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire